Je ne pense pas en avoir déjà parlé ici.
C'est l'occasion de me rattraper.

J'ai commencé la boxe anglaise à l'université. C'était en 2008.
Auparavant, pas de sport en club, juste le minimum imposé par le programme scolaire et les pompes/footing du mec qui culpabilise de ne rien faire.
Le foot, je n'ai jamais vraiment aimé et de nombreuses blessures ont fait que j'ai tiré une croix sur ce sport beaufisé.

Pourquoi m'orienter vers la boxe ? Parce que j'avais besoin de contact, de quelque chose de différent de ce qu'on peut trouver un peu partout.
La boxe a sa réputation : l'entrainement est dur, très dur mais au-delà de ça, je cherchais une discipline pour mieux canaliser mon énergie, pour me dominer, pour m'imposer une sorte d'hygiène de vie.

Qu'en est-il vraiment aujourd'hui ?
La boxe m'a beaucoup apporté, à tous les niveaux.

Physiquement, le corps travaille beaucoup, de la tête aux pieds. Les muscles sont plus endurants mais pas nécessairement plus volumineux.
La graisse disparait au fil des séances d'entrainement. Dans mon cas, le poids n'a pas significativement changé, la forme, si. Les mouvements sont plus fluides, les réflexes meilleurs et un sentiment de maitrise s'ajoute à une impression de légèreté.
C'est comme si toute la machinerie était mieux graissée, plus performante. Compte-tenu de la fréquence de ces entraînements bien rudes, les résultats sont rapidement visibles. Cependant, la boxe se veut ingrate : passer un peu temps loin du ring fait beaucoup perdre niveau mental et on a la désagréable impression de devoir tout recommencer. Le physique ne bouge pas mais l'entrainement est plus difficile à suivre.

A ce sujet, mentalement, le gain est considérable : plus de confiance, plus de maîtrise mais surtout un bien-être que les entraînements renouvellent à chaque fois.
Ce n'est pas le genre de confiance qui te donnera envie d'arrêter un train à main nue ou de provoquer une baston, non, loin de là.
Disons que tu fais abstraction de ce qui t'entoure. Tous les facteurs de stress sont minorés, c'est comme démêler une pelote de laine, on gère mieux et on passe au dessus des petits tracas du quotidien avec beaucoup plus de facilité.
Parallèlement, on en arrive à se dire que le ring est finalement le parfait échappatoire parce que la boxe permet de donner mais aussi de recevoir. Oui, recevoir. Des leçons, des conseils mais aussi et surtout des coups et c'est un besoin que j'ai mis un certain temps à assumer. Une fois cette étape franchie, on ne craint plus grand chose puisqu'on accepte d'exposer sa ganache aux poings du mec debout, là, juste devant toi.
Et on en vient à l'aspect le plus intéressant de cette discipline : échanger des coups dans le respect.
Si tu y arrives, tu te rends compte qu'il n'y a plus de place pour l'agressivité et c'est ça, la boxe. Frapper sans agressivité. Ranger son ego.

Cet enseignement, je le dois à deux bonshommes : Denis et Satoru.
Des mecs géniaux qui savent transmettre, enseigner ce sport élevé au rang d'art.

Ils ont toujours insisté sur la technique et le respect, sur le plaisir et la maîtrise.
La qualité de leur enseignement m'a permis de progresser et de m'imprégner de l'esprit de la boxe anglaise. Comme dans tout enseignement, j'ai traversé des périodes difficiles de stagnation voire de déception. On ne régresse pas, non, mais on en a tout du moins l'impression.
Et c'est quand la progression devient visible qu'on réalise le chemin parcouru.
Je le répète, la boxe anglaise est ingrate.

Pour le reste, des rencontres, de nouveaux potes et le respect, toujours.
J'irai même jusqu'à dire que cette discipline rend plus humain et contraste beaucoup avec ce que le quotidien impose à savoir un certain confort que seul le stress vient perturber. La boxe rompt ce trin-trin et renoue avec la douleur physique et je me plais à dire que c'est comme ça que je me sens vivant.

We all started seeing things differently.
Wherever we went.

L'année prochaine, Sato rentre au pays pour endosser ses responsabilités.
Une page se tourne.

La boxe rend Jussieu plus agréable malgré toutes ses années passées là-bas.
Si Denis continue à assurer les cours, j'irai.
Le départ de Sato rend les choses moins compliquées.

Ce type m'a appris à boxer en 2008.