Je me rappelle encore clairement de moi il y a plusieurs années, entre 14 et 18 ans : des films que je connaissais par cœur, une passion dévorante pour les comics et mangas, des jeux vidéo sur lesquels je ne comptais même plus les heures passées. Aujourd'hui je n'arrive plus à me plonger dans un univers, alors qu'il y a quelques années je prenais chaque jeu, chaque livre à bras-le-corps, je le vivais, je m'imprégnais de ces univers. Alors, pourquoi aujourd'hui ne me reste-t-il presque rien de tout cela ? Je cogite sur le sujet depuis un moment, et la conclusion à laquelle je suis arrivé est que je n'ai plus la capacité d'immersion. Je me demande si cela a à avoir avec mes récentes difficultés de concentration : fatigué ou non, motivé ou pas, j'ai de plus en plus de mal à rester fixé sur une activité. Je mettais cela sur le compte de mon ancien job qui me faisait stagner et donc déprimer, mais je constate que même avec mon nouveau job pour lequel je suis on-ne-peut-plus enthousiaste, ça ne revient pas. Peut-être l'inertie...

Revenons sur les causes de cette évolution quelques instants. Pas d'explication simple, pas d'événement déclencheur évident même si je peux isoler plusieurs facteurs.
Celui qui me semble le plus évident, c'est d'avoir rencontré une fille. Puis une autre, et enfin encore une autre, le tout sans transitions ou presque. Passer du statut de nerd à celui de boyfriend cela implique — outre beaucoup moins de temps pour soi — plus d'ouverture et de partage, ergo moins de temps passé renfermé sur soi-même à compenser la solitude de la routine par des univers alternatifs.

Autre facteur : le fait d'avoir vieilli — mûri, pour certains. Il parait qu'en prenant de la bouteille on devient moins sensible à la fantaisie et à l'imaginaire en général, et bien que ce ne soit pas vrai pour tout le monde il semblerait que ce soit mon cas.
Dernière hypothèse pour la route : je n'apprécie plus la culture depuis que je peux me l'offrir sans limite financière. J'achète tous les livres dont je trouve le quatrième de couverture vaguement intéressant ou dont le sujet m'interpelle et qu'une critique qui en dit du bien pour au final les empiler sans avoir le courage de les lire ; j'achète tous les jeux vidéo susceptibles de me plaire, les commence tous et n'en finis aucun. Niveau films, je vais beaucoup plus souvent au cinéma depuis que j'ai investi dans une carte UGC illimité l'année dernière, sans pour autant qu'un film m'ait réellement transcendé... Pour ce dernier point je n'y peux pas grand chose, vous admettrez.

Exceptions notables à tout cela : la musique et l'informatique. Si vous suivez un tant soit peu ce blog vous aurez remarqué que je parle certes moins souvent mais toujours régulièrement de mes découvertes et coups de cœur musicaux, et bien que je n'en joue moi-même pas autant que je le souhaite j'en écoute et apprécie toujours autant. Quant à l'informatique, plus je travaille et plus je maitrise et donc plus je kiffe, pas moyen que je lâche ; je suspecte d'ailleurs cette passion de prendre le pas sur toutes les autres, ce qui pourrait expliquer que j'y passe plus de temps au détriment des autres activités...

Je ne sais pas si cette situation est rattrapable ou non. J'ai écrit ce billet suite à ma propre réaction à un billet sur le blog de Knuckle duster : j'éprouve une certaine nostalgie de moi-même quelques années plus tôt, époque à laquelle j'essayais de tirer la quintessence de tout ce qui m'intéressait. Là, meh.