Je conçois cependant tout à fait que d'autres personnes, en particulier les personnes plus tout à fait jeune, ressentent une gêne à lire de longs documents sur un écran d'ordinateur, bien que les écrans LCD aient rendu cet exercice beaucoup moins pénible que les anciens écrans à tubes cathodiques : moi-même je ne lirais pas un eBook intégralement sur un écran. Toutefois je considère qu'il y a des limites qui une fois franchies vous placent dans ma catégorie méprisable.

L'iPhone un appareil unique sur plusieurs points, certains au-delà de l'appareil en lui-même. Une de ses particularités réside dans son packaging : il est minimal, au point de ne pas être livré avec un manuel d'utilisation. J'ai été légèrement étonné par cela, mais pas tant que cela non plus : en qualité d'informaticien habitué à lire des manuels depuis plusieurs années, je peux vous certifier qu'une majorité écrasante de la population ne lit pas les manuels d'utilisation, ou tout du moins pas avant d'être confronté à un problème insurmontable — là encore, une large tranche de la population ne se rabaissera pas à consulter ledit manuel d'utilisation et fera appel à leur fiston/neveu/voisin doué pour les trucs informatiques, parce que ça [les] énerve ces conneries. J'y ai vu ici une bonne analyse du marché de la part d'Apple qui, sachant pertinemment que la plupart des gens ne liront pas le manuel car leur produit est suffisamment intuitif pour que la majorité de leurs clients s'en sortent sans consulter de manuel au préalable.

Il y a toutefois toujours des exceptions pour contredire les statistiques, et il y a quelques jours quelqu'un a franchi ma limite du mépris juste devant moi. Une femme était en train de lire une liasse de papier à coté de moi dans le bus, et passées quelques minutes d'errance mon regard a fini par atterrir sur sa littérature : il s'agissait du guide de l'utilisateur de l'iPhone. Tout d'abord désagréablement surpris qu'on puisse nécessiter de lire le guide d'utilisation d'un des appareils les plus simples et intuitifs à utiliser que le progrès ait pu produire de nos jours, le deuxième effet Kiss-Kool m'a heurté lorsque j'ai mesuré l'épaisseur de la liasse : plus d'un putain de centimètre d'épaisseur. À vue d'œil, au moins une centaine de pages — imprimée recto uniquement, c'est plus écologique — écrites en gros caractères. En regardant le PDF, je confirme qu'il fait 137 pages de long (juste en français, pour ceux qui en doutaient).

J'étais trop atterré sur le moment pour lui dire quoi que ce soit. Tant mieux : avec le recul, je pense qu'aucun de mes arguments les plus pertinents ne lui aurait fait entendre raison, et surtout n'aurait changé la donne. Ce genre de comportement égoïste et irresponsable au possible m'ulcère, vivement le permis de gifler. Vite.