Je vous l'avait dit la dernière fois que j'ai abordé le sujet, j'ai adopté la disposition QWERTY sur tous les claviers que j'utilise. Je n'ai rien contre cette disposition, elle me convient parfaitement dans le cadre de l'utilisation que je fais d'un clavier au quotidien : environ 80% du temps au travail et 20% à domicile, et environ le corpus d'une journée standard est composé à 90% de texte intelligible — principalement de mots français — contre 10% de commandes (suites de lettres/chiffres généralement courtes, composée majoritairement de consonnes), ou encore de code (utilisation fréquente de mots anglais et signes de ponctuation/mathématiques et de chiffres). Je n'ai pas encore recouvré la vitesse de frappe que j'avais acquise en AZERTY, toutefois je ne fais d'ores et déjà plus de fautes de frappes dues à l'inversion AZERTY/QWERTY et j'ai une vitesse de frappe tout à fait honorable, le tout sans regarder le clavier — hein, santx xD.
Si je devais faire un bilan en 2-2, je dirais que le temps perdu à produire les caractères accentués — partiellement réduit grâce au correcteur orthographique — est très nettement compensé par le temps gagné à atteindre les chiffres et les caractères non alphabétiques, très fréquemment employés dans mon domaine professionnel.

Cela fait plusieurs années que j'entends parler des bienfaits de la disposition Dvorak. Pour vous résumer l'histoire très rapidement, la disposition QWERTY a été mise au point à l'occasion de l'invention de la première machine à écrire mécanique au 19ème siècle pour éviter au mieux les collisions des marteaux de la machine lorsque plusieurs touches voisines étaient frappées quasi simultanément. Le Dr. August Dvorak mena en 1932 une étude basée sur la fréquence des lettres dans le corpus anglophone, les habitudes des sténographes ainsi que la fréquence d'utilisation de la rangée centrale du clavier — home row en anglais, Q-S-D-F-G-H-J-K-L-M sur les claviers AZERTY — qui déboucha sur la mise au point par ses soins d'une disposition de touches logiquement adaptée à la frappe de l'anglais : toutes les voyelles (sauf "y") ainsi que les consonnes les plus fréquemment utilisées sont disposées sur la rangée centrale, de cette manière l'utilisation de cette rangée passe d'environ 30% à environ 70%, avec pour conséquence une réduction de l'amplitude des mouvements effectués par les mains. Petite démonstration, vous allez voir attention :

La suite de l'histoire n'est qu'une autre itération de ce que l'humanité sait faire de mieux en ce qui concerne le progrès, à savoir envoyer chier ce qui peut se faire de mieux pour ne conserver que le pire de la technologie, celle qui comme diraient les anglosaxons just works : les fabricants de machines à écrire puis d'ordinateurs n'ont pas voulu prendre le risque de perturber leurs clients habitués au QWERTY, et le DSK — pour Dvorak Simplified Keyboard —, bien que standardisé aux USA par l'ANSI en 1982 n'est que peu utilisé aujourd'hui, uniquement par les connaisseurs — et pas nécessairement des geeks.

Alors voila, je m'tâte. Je suis séduit par l'idée de ne plus avoir à envoyer balader mes doigts dans tous les sens pour atteindre toutes les touches quand les lettres que j'utilise le plus pourraient se trouver juste sous les doigts de mes mains en position de repos, car il m'arrive effectivement de sentir une certains tension dans mes poignets en fin de journée. J'ai beau être toujours jeune, je sais que cela ne durera pas : je me suis offert une paire de lunettes de vue pour mes 25 printemps, j'aimerais éviter qu'on m'offre une opération chirurgicale pour le syndrome du canal carpien à 40 piges.
Toutefois, se posent quelques questions avant de faire le premier pas. La conception de la disposition Dvorak étant basée sur une étude de corpus anglophone, on est en droit de se demander si son utilisation par un francophone ne serait pas justement contre-productive. À ce sujet, sachez qu'il existe des variantes de Dvorak pour d'autres langues, notamment pour le français... pas moins de trois différentes.

Si je me penche sur la disposition BÉPO, j'apprends qu'elle a été obtenue par consensus au sein d'une communauté hétéroclite composée d'informaticiens et de non-informaticiens, après une analyse rationnelle du français et des autres usages du clavier, en particulier la programmation et l’administration système. Ajoutez à cela un wiki bien clair et bien fourni et le fait que la disposition soit disponible dans tous les OS, BÉPO s'annoncerait comme le choix le plus judicieux si elle ne souffrait pas de l'exact même défaut qui m'a fait quitter AZERTY pour QWERTY : toutes les touches dont j'ai le plus besoin après les lettres ne sont pas accessibles directement mais par Shift ou AltGr... pas question de revenir en arrière.
Du coup, seul le Dvorak original reste en lice : après tout, il semblerait qu'il n'y ait pas une grande différence au niveau de la fréquence des lettres entre l'anglais et le français (cliquez sur l'image pour la voir à taille réelle) :

De ce que j'ai pu voir, le mapping Dvorak sous Mac OS fonctionne de la même manière qu'en QWERTY pour produire des caractères accentués : pas de changement à ce niveau. Autre argument en faveur du dvorak-us, les caractères ! @ # $ % ^ & * ( ) | \ ~ ne changent pas de touche, et bien que déplacées les caractères [ {/] }/, </. >/' "/- _/= +/; : et / ? sont toujours par paire sur une même touche. J'ai testé vite fait sous Linux, un coup de setxkbmap us dvorak-intl et c'est plié, les accents sont aussi accessibles qu'en us-intl.

Pour finir, une petite sélection de liens intéressants :

Comme qui dirait : y'a plus qu'à.

Ou pas.