Ce soir, je suis allé mater Un prophète en compagnie de la mauvaise foi et de Miss Bonbons.

2:35 que je n'ai finalement pas vues passer. Certains pourraient le trouver un peu trop long, je dirais que ce sont les mensurations du genre.
Le jeu d'acteur de Tahar Rahim est surprenant, même après l'avoir vu dans La commune.
Au passage, le bro' aura remarqué que le film et la série partagent quelques points communs en dehors du casting : le scénariste, Abdel Raouf Dafri.

Je vous conseille vivement d'aller le voir. Romain m'avait bien briefé mais ce qu'il a oublié de préciser, c'est à quel point ce film s'avère plus subtil que les productions américaines auxquelles il pourrait être comparé.

Bref, je l'ai trouvé captivant, réaliste et émouvant.
Je me dis que les productions françaises peuvent avoir de la gueule quand il ne s'agit pas de comédies pour campeurs, d'histoires d'amour pour bourgeois parisiens ou de films d'action façon Europa.

Je suis rentré, tranquille, direction le quai du RER C de la BNF...pour constater que le prochain train ne se pointera que dans 35 putains de minutes.
Pas grave, je vais me prendre un truc à boire. Devant le distributeur de boissons chaudes, un SDF me demande 1.10 €uros pour s'en payer une...je les lui file, il me gratifie d'un "saha" (équivaut à "merci") avant de s'éloigner, sans avoir pris de boisson, pour taxer une clope. Je me retrouve comme un con devant le distributeur avant de percuter que les boissons sont...à 1.10 €uros. Je m'insurge et me dis qu'à ce prix, je préfère me payer un Coke sur le quai.

Je m'envoie un paquet d'Oreos et un Zero en lisant mon bouquin : un truc bien viril sur les vampires.

La masse assise derrière moi pue la transpi' et le connard sur ma droite allume une clope.
Mon train, le dernier de la nuit, se pointe. Dans le wagon, une fille est pliée en deux, prête à déverser le puzzle que contient son estomac.

Je m'éloigne, l'odeur du vomi ou tout simplement le bruit que fait quelqu'un en train de vomir suffit à me filer la nausée.
Un groupe de jeunes cons zé connes se tape des barres en lui jetant des coups d'œil. Sympa.

De temps en temps, sa tête resurgit avant de disparaitre entre ses genoux.
Au bout de quelques minutes, c'est l'ouverture des vannes : le vomi coule à flots.
Ça y est, j'ai perdu un naseau. La jeune femme ne bouge plus. Je me décide à aller la voir juste pour lui poser la question conne, universellement reconnue : "euh, ça va ?".

Je lui lâche mon paquet de mouchoirs, un flacon de gel antibactérien et...mes chewing-gums, ce qui l'aura faite sourire.

Demi-tour, je me pose et me remets à lire.

Au bout de cinq minutes, je me dis que si ça continue, je vais finir par lui rendre la politesse en vomissant à mon tour et vu les crevards du wagon, je m'essuierai avec ma veste et je mâcherai les pages de mon bouquin pour passer le goût.
Bordel, ouvrez les fenêtres ! Je vais finir par croire que vous kiffez le vomi, merde !
A la prochaine station, je change de wagon, même pas d'étage, non, de wagon !

Allez, plus que quelques minutes et je dégage...et là, la jeune femme se lève, se retourne, m'adresse un sourire et vient se poser à côté de moi.
Je sais à quoi vous pensez : non, elle n'était pas vilaine, loin de là, et, non, elle n'avait pas la gueule recouverte de vomi.

Elle me tend mon paquet de mouchoirs et mon flacon...tu peux les garder ma jolie. Hors de question de les toucher alors que tu les as pris, les doigts trempés de soupe gastrique.
"Mais non, vous pouvez les garder, ce n'est rien."

Elle commence à taper la discut' : elle s'appelle Claire et elle rentre d'un séjour de trois mois au Maroc où elle a participé à un projet visant à venir en aide à des gamins livrés à eux-mêmes, vivant dans les rues. Elle est littéralement tombée amoureuse de ce pays. Ce n'est pas la première fois qu'elle s'y rend. Elle vit très mal son retour en France, plus précisément dans la banlieue sud où rien ne la retient, alors elle compte bien y retourner, et très bientôt, pour y vivre.

Ce soir, elle s'est bourrée la gueule, sûrement pour mieux faire passer la pilule avant que la réalité, plus dure, ne lui traverse l'œsophage en sens inverse.

Je m'arrête une station avant la sienne. Je la salue, elle me remercie.