Que dire de ce mois passé au sein d'un laboratoire de recherche ? Pas mal de choses.
Au départ, j'ai longtemps dû observer et écouter pour apprendre à correctement mener mes manipulations et éviter d'avoir à les refaire. Par la suite, ma responsable m'a donné un certain nombre de taches à faire, simples et sans risques, me permettant de revoir les bases avant d'avoir à faire d'autres manipulations plus délicates.

Jusque-là, rien de bien transcendant et c'est principalement ce qui me chagrine. Je me suis ennuyé comme un rat mort. J'ai pu en discuter avec elle et il s'avère que je ne me plais tout simplement pas dans l'univers de la recherche fondamentale que je qualifierais de déprimant. Le sujet est précis mais les voies à explorer partent dans tous les sens. Il n'y a rien de rassurant à chercher sachant qu'on peut très bien ne jamais trouver. Et dire qu'ils trouvent ça excitant...

Tout a commencé à partir en vrille quand je me suis rendu compte qu'elle (ma responsable) remettait systématiquement en cause mes préparations quand un résultat d'expérience lui paraissait incohérent. C'est presque normal dans la mesure où chaque étape doit être revue avant de recommencer. Malheureusement, à longueur de journée, ça devient fatiguant et vexant d'avoir à se justifier en répondant trois fois à la même question. Bref, elle a fini par comprendre que pour éviter d'avoir à me poser ces questions, elle n'avait qu'à recommencer elle-même ces manipulations...pour constater que le résultat était le même. J'ai donc compris qu'un stagiaire, en plus d'être un larbin de paillasse, est le bouc-émissaire idéal, une sorte de poubelle de rue dans laquelle un chercheur frustré (pléonasme) peut se décharger de toute culpabilité en se disant que si ça merde, c'est que toi, t'as merdé.

Ça, c'était le côté social du laboratoire. La rigueur scientifique se limite aux expériences. Certaines journées peuvent durer douze heures, d'autres six avec une pause bouffe de deux. Ce sont des fonctionnaires, il faut bien qu'ils le prouvent régulièrement.

En somme, si je devais poursuivre mes études dans la Biologie au delà du Master, ce serait pour mener une thèse dans un laboratoire de recherche au sein d'une entreprise. Généralement, le sujet est moins pertinent que ceux proposés par les laboratoires de la fac, de l'INSERM ou du CNRS mais comme mon but se limite à décrocher un solide diplôme, j'en ai un peu rien à foutre de ce que peuvent penser les têtes d'ampoule de la fac.

A propos de têtes d'ampoule, j'ai pu constater tout au long de mon stage à quel point les chercheurs peuvent se montrer irritants quand il s'agit de...discuter. Imaginez une armée de premiers de la classe payés au lance-pierre et fiers de ne pas avoir de vie sous prétexte qu'ils incarnent la Recherche, discipline souveraine.

Quand on leur demande si l'aspect financier ne les décourage pas, ils vous répondent tous en cœur que la passion de la Recherche l'emporte largement. Mouais.
Ma responsable admet quand même que son salaire ne lui aurait jamais permis de vivre dignement seule. Héhé, il est hors de question de me lancer dans une voie qui mène à la misère, à l'échec et à la déprime. Faut vraiment être malade. De ce côté, rassurez-vous, je pète la forme.

Pour finir, je me baserai sur cette petite expérience pour envisager un autre moyen d'arriver à mon but en satisfaisant un maximum d'exigences : un boulot stable, épanouissant, bien payé avec un maximum de mobilité. Pourquoi ne pas aller jusqu'au Master, acquérir une double compétence en économie et chercher un V.I.E. ?

Parallèlement, j'ai postulé chez une grande entreprise qui produit du matériel médical. Il s'agit d'un poste qui consiste à traiter les réclamations pour les transmettre à la maison mère, au Danemark. J'ai passé un entretien avec la big boss, impressionnante de charisme et de classe. Quant à moi, sixième règle : pas de chemise, ni chaussures. D'après les RH, je lui ai plu. Je suis pris. Je commence le 28 juillet...sachant que mon stage se termine 31 juillet. Non, non, y'a pas de bicrave.